Ils parlent de la recherche

Témoignage de Michel Barnier


Le ministre de l'agriculture nous parle de la Recherche pour les industries agroalimentaires

Que pensez-vous du faible investissement en recherche et développement des entreprises agroalimentaires (1 % du chiffre d'affaires est consacré à la recherche et développement pour l’industrie agroalimentaire contre 3 % pour l’ensemble des industries) ?

La recherche et l'innovation sont un des principaux déterminants de la compétitivité – notamment internationale – des industries, et donc des industries agro-alimentaires. Ce secteur est, par son chiffre d'affaires, le premier secteur industriel de notre pays. L'investissement privé en recherche et développement constitue donc un enjeu majeur, non seulement pour assurer la pérennité des entreprises mais également pour la conquête de nouveaux marchés. Néanmoins, cet effort d'investissement est aujourd'hui, dans ce secteur, inférieur à la moyenne observée pour les autres industries. Cet état de fait s'explique notamment par la taille des entreprises concernées, essentiellement des Très Petites Entreprises (TPE) et des Petites et Moyennes Entreprises (PME) de moins de 20 salariés, qui représentent 70 % des entreprises du secteur et n'ont pas les moyens de disposer de services de recherche et développement propres. Il est donc indispensable de créer et soutenir des initiatives partenariales de recherche, afin de regrouper entreprises et acteurs de la recherche autour de préoccupations communes et de faire émerger des stratégies de recherche innovantes, répondant aux besoins des professionnels.

Comment peut-on encourager et favoriser la recherche et développement au sein de l’industrie agroalimentaire?

La coordination des actions publiques pour la recherche en agro-alimentaire est indispensable. C'est pour cela que le Ministère de l'Agriculture et de la Pêche a mis en place le Partenariat National pour le Développement des Industries Agro-alimentaires (PNDIAA) en 2005, récemment mis à jour par le groupe innovation pour les industries agro-alimentaires des Assises de l'Agriculture. Le ministère a ensuite soutenu la plate-forme Food For Life, lancée cette année au SIAL. Cette plate-forme - qui regroupe l’ensemble des acteurs du secteur agro-alimentaire, des industriels aux distributeurs en passant par l’administration, les organismes financeurs, les écoles et universités, les centres de recherche publics - a pour principal objectif l'optimisation de l’exploitation des ressources publiques et privées, nationales et européennes, en assurant une cohérence et une synergie entre les actions de recherche menées. Cette plate-forme a d'ailleurs d'ores et déjà défini son agenda stratégique de recherche pour les quinze prochaines années et fixé cinq grands axes de recherche à promouvoir, axes répondant aux attentes des entrepreneurs, de la communauté scientifique et des consommateurs : l'étude des comportements de consommation, des relations entre alimentation et santé, de la qualité et de la sécurité des aliments, et enfin de la prise en compte de durabilité au sein des filières agro-alimentaires, notamment de la production primaire.

En outre, le soutien financier apporté aux centres techniques regroupés au sein de l'ACTIA (Association de Coordination Technique pour l'Industrie Agro-alimentaire) par le Ministère s'inscrit dans la même démarche. Ce réseau peut d'ailleurs s'appuyer désormais sur des Unités Mixtes de Recherche et des Réseaux Mixtes de Recherche, lancées en 2007 et qui regroupent centres techniques, organismes de recherche et établissements de formation agricole pour la production d'innovations sur des questions stratégiques.
Les pôles de compétitivités constituent par ailleurs un élément essentiel du dispositif de soutien à l’innovation aux IAA. 1,5 Milliards d’euros leur seront consacrés entre 2009 et 2011. Sur les 71 pôles existants, 14 sont suivis pas le Ministère de l’Agriculture et de la Pêche.
Pour compléter ce dispositif, le fonds de soutien aux IAA est poursuivi au titre du budget 2009, tout comme la convention passée avec OSEO pour favoriser l’innovation dans les PME.
Enfin, l'édition 2008 de l'initiative « Docteurs pour l'entreprise », qui vise à favoriser le transfert des données scientifiques vers les industries en favorisant le recrutement de jeunes docteurs, est spécifiquement dédiée aux industries agro-alimentaires.
C'est donc par un ensemble de dispositifs convergents et interconnectés que le Ministère de l'Agriculture et de la Pêche soutient et favorise la recherche et l'innovation dans - et pour - les industries agro-alimentaires françaises.

Quelle place doit-on aujourd’hui accorder à l’innovation, dans le contexte actuel du secteur agroalimentaire ?

Le secteur agro-alimentaire français génère annuellement plus de 150 milliards d'Euros de chiffres d'affaires et se positionne au second rang des industries nationales quant au nombre de salariés, avec 415000 emplois. Nos industries agro-alimentaires sont les premières en Europe et les secondes au niveau mondial, après les Etats-Unis. Fortement exportatrices, leur solde commercial était largement positif en 2007, avec un montant global de 9,1 milliards d'Euros. Par conséquent, le secteur agro-alimentaire constitue aujourd'hui, dans un contexte économique difficile, l'une des principales forces de notre pays. Lui permettre de conserver sa place et ainsi contribuer à l'essor de l'économie française constitue donc un enjeu majeur.

Malgré ses excellentes performances, le secteur doit se doter des moyens lui permettant de s'adapter à un contexte international hautement compétitif, notamment lié à l'émergence de grands pays producteurs tels que le Brésil, ainsi qu'aux enjeux inhérents à l'augmentation de la demande mondiale en matières premières. L'innovation constituera sans nul doute l'un des principaux leviers du maintien de cette compétitivité, en répondant aux demandes sociétales relatives à la sécurité des aliments et à l'équilibre nutritionnel de l'alimentation humaine, à l'intégration des logiques de développement durable dans les modalités de production, mais également en intégrant les contraintes économiques actuelles pour permettre l'accès à une alimentation saine, sûre et bon marché.

Qu’attendez-vous du groupe de haut niveau de la Commission européenne sur le sujet particulier de l’innovation ?

Le Groupe de Haut Niveau mis en place par la Commission européenne pour l'adoption d'un plan d'action en faveur de la compétitivité des industries agro-alimentaires en Europe comporte un volet innovation particulièrement important. Il est bien entendu trop tôt pour en détailler le contenu puisque ses conclusions ne sont attendues que pour mars 2009. Néanmoins, on peut attendre de ce groupe qu’il contribue à lever certains freins à l'innovation, qu'il s'agisse des modalités de financement des projets de recherche européens, ou de la mise en place de standards et d'une réglementation adéquats, notamment en ce qui concerne la question de la propriété intellectuelle. Il s'agira en outre de veiller à l'adéquation entre besoins de recherche et besoins des industriels du secteur. A cet égard, les réflexions menées au sein de la plate-forme technologique européenne - et sa déclinaison nationale - Food For Life, outil de prospective et force de proposition, constitueront sans doute un élément clef. Les moyens mis en œuvre pour participer activement à ces travaux doivent nous permettre de relayer efficacement, au niveau communautaire, les initiatives nationales et, inversement, de profiter en France d’expériences réussies par nos partenaires européens.