
Ils parlent de la recherche
Témoignage de Marion Guillou
Marion Guillou, présidente de l'INRA, nous livre son point de vue sur la Recherche en précisant les missions de l'INRA et ses partenariats avec les acteurs de l'agroalimentaire.
La recherche en matière d’alimentation est au carrefour de nombreux enjeux : la santé, l’économie, l’énergie, la chimie du carbone renouvelable aussi. A travers l’agriculture et les produits typiques, elle traite également des territoires, de géographie, de culture.
Un tiers des moyens de l’Institut National de la Recherche Agronomique sont mobilisés sur ce secteur. Ce sont donc 800 chercheurs et ingénieurs qui sont engagés, en lien avec des partenaires européens ou nationaux, et qui font de l’INRA le principal opérateur de recherche publique hexagonal en matière d’alimentation.
Pour remplir cette mission, l’INRA organise la prise en compte des attentes de ses partenaires dans l’orientation à moyen/long terme de ses priorités de recherches. Ce dialogue sera renforcé par la création de la partie française de la plate-forme « Food for life » en 2008. (pour en savoir plus sur Food for life: cliquez ici)
La stratégie de recherches de l’INRA en alimentation est structurée autour de trois enjeux majeurs :
- la relation entre le comportement du consommateur, son régime alimentaire, et ses grandes fonctions physiologiques,
- la compréhension des processus d’élaboration de nouveaux aliments, aptes à mieux répondre aux attentes des consommateurs et donc des industriels en termes de qualité sensorielle et nutritionnelle,
- la durabilité des systèmes alimentaires.
Des avancées majeures sur ces enjeux seront obtenues à l’avenir en mobilisant des technologies innovantes, comme la biologie à haut débit, mais également en s’ouvrant à la diversité des approches disciplinaires (sciences du complexe).
De grands programmes à visée cognitive sont lancés pour explorer les relations entre l’alimentation et la santé. A titre d’exemple, l’INRA est engagé dans le développement d’un modèle animal de « mini-porc » potentiellement représentatif et valide pour les principales fonctions métaboliques humaines. Les équipes de recherche s’impliquent également fortement dans des projets mobilisant des cohortes d’envergure nationale de populations cibles (Opaline, Suvimax). S’appuyant sur des plates formes métabolomiques, l’ambition est d’établir des « signatures » biologiques d’aliments ou de régimes alimentaires. Enfin, l’exploration de la flore du tube digestif humain, lieu de l’interaction principale entre les aliments et l’hôte, qui est aujourd’hui une boîte noire, donne lieu à des programmes nationaux et européens visant à mieux comprendre les relations entre alimentation et santé.
Pour ce qui concerne les procédés de transformation, les équipes de recherche s’attachent à comprendre les processus physiques, biologiques et chimiques qui gouvernent l’élaboration des propriétés et des structures des aliments. Dans le cadre d’une approche intégrée, la connaissance de la genèse des propriétés du végétal permettra ainsi d’identifier des voies d’intervention pour optimiser le tryptique plante – procédés de transformation – système de production en fonction des caractéristiques visées au niveau des aliments. S’intéressant aux mécanismes qui président à la déconstruction de l’aliment et à la biodisponibilité des nutriments dans le tube digestif, l’idée est de proposer des outils d’aide à la formulation de produits pour une alimentation adaptée.
Une mention particulière doit être réservée aux processus fermentaires, très spécifiques de notre alimentation. Des progrès majeurs sont en cours pour connaître la biodiversité des souches d’intérêt technologique et leurs fonctions.
Au niveau de la sécurité de ces processus, des résultats importants ont été obtenus sur la relation entre la pathogénicité des souches de Bacillus cereus et leur capacité de croissance au froid. De plus, les bases moléculaires permettant la traversée des barrières humaines par Listeria monocytogenes commencent à être identifiées.
La demande des consommateurs d’identifier les pratiques d’élaboration de leurs aliments a conduit à développer des stratégies d’authentification des itinéraires à partir de la composition des produits, par exemple pour différencier animaux alimentés à l’herbe ou à base de concentrés.
Plus récemment, des travaux d’éco-conception de procédés agro-alimentaires, ont été engagés.
Enfin, l’enjeu de la durabilité des systèmes alimentaires prendra une place accrue dans l’avenir et l’INRA s’est engagé fortement sur ce thème, avec le CIRAD, à travers une réflexion prospective sur l’évolution des systèmes agricoles et alimentaires mondiaux à l’horizon 2050. Nous menons également un travail pour identifier les pistes majeures de recherches concernant l’impact environnemental des grandes filières agro- alimentaires.
Afin de faciliter le transfert des résultats de recherche aux industriels ou aux autres acteurs, l’INRA a développé des plates-formes ouvertes aux partenaires : des plate-formes dites technologiques bien connues sur les produits laitiers à Rennes, sur la viticulture-œnologie à Pech Rouge et sur le fractionnemennt des céréales à Rennes mais aussi des plate-formes experimentales avec des outils analytiques performants sur les polyphénols à Montpellier et sur les biopolymères à Nantes. Les quatre Centres de Recherche en Nutrition Humaine (Nantes, Paris, Lyon, Dijon) offrent une réseau national structuré pour des investigations sur des volontaires sains et des études épidémiologiques d’intervention.
Par ailleurs, des structures mixtes technologiques (unités et réseaux) ont été créés grâce au soutien du Ministère chargé de l’Agriculture avec les centres techniques (ACTA et ACTIA) pour favoriser l’innovation par une diffusion plus rapide des résultats vers les entreprises et un renforcement des liens entre recherche et développement sur des thèmes identifiés.
Enfin les industries alimentaires représentent une part importante des champs d’application de nos brevets gérés par la filiale INRA Transfert.
En ce qui concerne les partenariats de recherche entre l’INRA et les acteurs de l’agro-alimentaire,
l’INRA adapte son offre de partenariat aux spécificités sectorielles : accords-cadres stratégiques et agendas de recherche partagés avec quelques leaders mondiaux, partenariats de recherches avec des entreprises innovantes via le Crédit d’Impôt recherche, les bourses CIFRE et les programmes ANR, et transfert de résultats et de méthodologies de manière plus ouverte et plus collective via les pôles de compétitivité et les UMT/RMT développés avec les centres techniques. L’Institut distingue également les fronts de sciences précompétitifs qui doivent pouvoir fédérer le maximum d’acteurs industriels, des avancées innovantes concurrentielles qui nécessitent confidentialité, respect du secret industriel et relation bilatérale faite de confiance et de professionnalisme. On peut enfin souligner que des partenariats de recherche entre recherche publique et industriels sont construits de longue date mais bénéficient depuis quelques années d’un soutien accru, par la souplesse et le succès grandissant des bourses CIFRE ANRT, du Crédit Impôt Recherche, des programmes de l’Agence Nationale de La Recherche et en particulier de son programme consacré à l’alimentation, et via les projets européens.
En pratique, pour les industriels qui souhaitent mieux connaître l’INRA, une revue INRA magazine présente des résultats de recherche et des innovations marquantes, comme un site internet http://www.inra.fr/entreprises, et une lettre électronique de l’INRA (www.inra.fr/en_direct_des_labos/) diffusent des résultats, des offres de partenariat ou de valorisation à plus de quatre mille correspondants. Chaque département de recherche offre un point de contact spécifique, où les professionnels peuvent se renseigner sur les possibilités et conditions de collaboration avec l’INRA ; la délégation au partenariat avec les entreprises oriente si besoin les professionnels vers les interlocuteurs pertinents au sein de l’INRA.
Enfin, pour aider les entreprises à mieux connaître les thèmes sur lesquels l’Institut travaille et les possibilités de partenariat, l’INRA sera présent au SIAL. J’invite les entreprises à venir sur le stand INRA ou à participer à la rencontre du 22 octobre. Au plaisir de vous y voir !
Pour en savoir plus : Inra.fr




