
Ils parlent de la recherche
Témoignage de Antonio Di Giulio
Le chef de l'unité - Alimentation, Santé, Bien-être - à la Commission européenne, Direction générale de la Recherche nous donne son avis sur la Recherche pour l'industrie agroalimentaire européenne
Comment expliquez-vous le faible investissement en R&D des entreprises agroalimentaires, véritable frein à leur développement ?
La majorité des entreprises agroalimentaires en Europe sont de petites et moyennes entreprises (99%). Elles doivent répondre à une compétitivité croissante sur les marchés unique et international. Elles n'ont pas la possibilité d'engager des ressources humaines et financières importantes en R&D. Leur environnement de travail est complexe et difficile: diminution des exportations mondiales, marché à petite échelle, faible pouvoir de négociation, l'évolution de la politique agricole, la réglementation parfois trop complexe, la stabilité de la population, les procédures d'approbation de mise sur le marché etc. Or l'innovation et la diffusion des connaissances sont essentielles à l'amélioration de la compétitivité. Les innovations sont presque toujours basées sur la R&D.
Comment améliorer l’accès à la Recherche pour les entreprises agroalimentaires ?
Des actions communautaires sont nécessaires pour susciter des opportunités de croissance pour les PME. Le septième programme-cadre (7e PC) regroupe sous un même toit toutes les initiatives de l’UE ayant trait à la recherche. Le programme s’étale sur une période de sept ans (2007-2013) et dispose d’un budget total de plus de 50 milliards d’euros Les objectifs généraux du 7e PC ont été regroupés en quatre catégories: Coopération, Idées, Personnes et Capacités. Des changements ont été apportés afin de simplifier la participation et de réduire les obstacles à la participation des PME. Le budget des actions spécifiques aux PME a été augmenté de 40 à 50% par rapport au 6e PC.
Dans le programme Coopération, la participation des entreprises est encouragée, et des simplifications ont été aménagées (taux de financement à 75% pour les PME, mise en place d'un fonds de garantie). L'objectif budgétaire global pour les PME est de 15%. Et des appels à propositions ciblées pour les PME sont proposés, notamment dans le domaine agro-alimentaire.
Dans le programme Personnes, des partenariats et passerelles industrie - recherche publique sont soutenus par le détachement ou l'échange de personnel, l'accueil temporaire de chercheurs expérimentés, ou une contribution financière à de petits équipements facilitant la participation des PME.
Le programme Capacités a pour but de renforcer les capacités d’innovation des PME en leur faisant bénéficier de prestations de recherche. Ainsi elles permettent aux PME de développer de nouveaux produits, procédés et services par des investissements en recherche, une extension de leurs réseaux techniques/commerciaux, une meilleure exploitation des résultats de recherche, et une acquisition de savoir-faire technologique. Ce programme apporte du soutien à de petits groupes de PME pour résoudre des problèmes technologiques communs ou complémentaires mais aussi à des associations de PME pour la mise au point de solutions à des problèmes communs à un grand nombre de PME.
Le 7e PC soutient également le développement et la coordination des PME au niveau national via EUROSTARS pour le soutien des projets R&D trans-nationaux, les ERA-nets ERA-SME et CORNET pour accroître l’intégration, et le nombre/budget d’appels d‘offre en commun pour les PME, ainsi qu'un réseau de Points de contact nationaux (TransCoSME).
Trouvez-vous les financements publics pertinents par rapport au secteur industriel agroalimentaire, 1ère industrie européenne ?
La recherche publique dans le secteur agroalimentaire est encore caractérisée par une fragmentation des programmes aux niveaux national et régional (technologie, santé, nutrition, sécurité alimentaire etc.). Les approches actuelles montrent certaines limites par rapports aux défis sociétaux et de santé à venir. Il est nécessaire de construire plus sur les échanges transfrontaliers et d'utiliser de manière plus efficace les ressources humaines et financières disponibles.
Quel est l’objectif de la création du High Level Group sur la compétitivité de l’industrie agroalimentaire ?
Le Vice-président de la Commission Européenne, Günter Verheugen, a créé un "Groupe de Haut Niveau" sur la compétitivité de l'industrie agro-alimentaire avec pour mandat de:
- examiner les éléments qui déterminent et détermineront la compétitivité de l'industrie agro-alimentaire européenne;
- identifier les facteurs qui influencent la position concurrentielle et la durabilité de l'industrie agro-alimentaire européenne, y compris les défis de l'avenir et les tendances susceptibles d'avoir un impact sur la compétitivité;
- formuler un ensemble de recommandations spécifiques à l'attention des décideurs politiques au niveau communautaire.
Le Groupe de haut niveau sur la compétitivité de l'industrie agro-alimentaire est composé principalement de représentants de certains États membres, de l'industrie agro-alimentaire européenne, des associations professionnelles et de la société civile. Le Vice-président Verheugen est à la tête de cet exercice avec les Commissaires Marian Fischer Boel, Meglena Kuneva et Androula Vassiliou.
La base juridique pour le groupe de haut niveau est la décision de la Commission du 28 avril 2008 sur la mise en place du Groupe de haut niveau sur la compétitivité de l'industrie agro-alimentaire (2008/359/EC), qui a été publiée dans le Journal officiel n ° L 120/15 du 7 Mai 2008.
Quel est, à votre avis, l’avenir de la Recherche en agroalimentaire ?
Nous avons besoin de répondre aux grands changements sociétaux liées à l'évolution démographique (vieillissement, migrations), à l'augmentation des maladies liées à l'alimentation, aux modes de vie (emploi, la qualité de vie) et à l'environnement (durabilité). Plus important encore, les questions de santé, tels que le vieillissement, les allergies, l'obésité sont de plus en plus importants et de nature transfrontalière. Renforcer les investissements dans la recherche, en particulier en vue d'une meilleure prévention de la santé publique, sont essentiels pour résoudre ces problèmes. En raison de la taille de ces défis un renforcement de l'action européenne et des synergies nationales pour stimuler les investissements dans la recherche en agroalimentaire est nécessaire.




